3,2,1… partez ! Dans les starting-blocks à 12h en ce mois de décembre pour les inscriptions tellement elles partent vite. Je suis bien positionné dans la file d’attente et peux facilement m’inscrire sur le grand raid de 175km qui fait le tour complet du Golfe du Morbihan.

Bon, cette première épreuve est passée, il n’y a plus qu’à s’entraîner pour la course.

Ce sera ma deuxième tentative après mon échec sur l’Ultra Marin en 2023 (au bout de 120km). Cela reste aujourd’hui mon seul abandon en course et j’espère que ça le restera encore un long moment.

La préparation pour l’Ultra Marin

La préparation ne s’est pas passée comme je l’aurais souhaité. Depuis le début de l’année, j’ai enchaîné plusieurs courses :

Les 2 courses se sont bien passées mais le genou souffre depuis le début de l’année et l’IRM une quinzaine de jours avant le Ventoux a permis de mettre un nom sur ce problème récurrent au genou : plus de cartilage et un œdème osseux.

Pas beaucoup de solutions possibles : du repos ! 10 jours de coupure complète avant le Ventoux et 4 semaines après de repos sans la moindre course pour une reprise progressive à partir de fin mai. J’ai par contre fait beaucoup plus de vélo pour garder un semblant de préparation.

C’est forcément pas top comme programme pour préparer sereinement l’Ultra Marin mais quelque chose a changé cette année. Comme pour le Ventoux (voire le Glazig), je suis prêt à faire un chrono pourri dans le Morbihan et même à abandonner. Psychologiquement, ça change tout et je vais prendre le départ libéré (délivré d’une certaine pression…).

La course

De nouveau, je m’accorde une semaine de repos avant la course pour préserver le genou pour le jour J.

Arrivée à Vannes peu après 14h, je récupère mon dossard au village qui se situe à l’Ultra Marin Outdoor Festival. J’en profite pour regarder quelques stands rapidement, manger mon plat de pâtes et il est temps de rejoindre le port. J’y retrouve mon frère (Mikaël qui sera sur l’Arvor (56km) avec un départ le lendemain à 9h), ainsi que ma mère et Éliane une de ses amies qui viennent en supportrices (je les reverrai plusieurs fois pendant la course et cela apporte toujours un coup de boost au moral). Grand café en terrasse puis je regagne la voiture au parking au niveau -2 pour une sieste et les derniers préparatifs.

La sieste est un échec cuisant ! Il fait 31° dans le parking et je ne dors pas (ou presque pas). Mais je passe tout de même 45′ à me reposer les yeux fermés.

Bip bip bip… le réveil sonne ! Il est l’heure de se préparer, d’enfiler les Nimbus 27 que j’ai choisies pour l’occasion, d’aller déposer le sac d’allégement et de retrouver mon frère, Rémi avec qui je pars et Yoann qui fait son assistance. Quelques photos et c’est le moment de s’élancer pour une boucle complète (je l’espère).

La stratégie de course

Avec le genou, la préparation et l’abandon de 2023, je ne me donne pas de gros objectifs. Finisher dans une fourchette 25-35h serait parfait ! Et en plus, de cet objectif, on peut ajouter de ne pas se faire plus mal !

La stratégie que j’ai mise sur place est simple. Je commence avec environ 1h de course, puis j’alternerai rapidement course et marche et enfin on avisera mon genou et moi le lendemain matin.

19h : Le départ

Il fait chaud : 31° (comme dans le parking). Je pars avec Rémi depuis le 1er sas et mets ma stratégie à exécution en courant à 6’15 » au km tandis que Rémi court 14′ puis marche 1′ dès 30′ de course. C’est plutôt rigolo : à chaque fois qu’il se met à marcher je le double et lui repasse devant 11′ plus tard… Notre ballet est mieux réglé qu’un métronome !

On déroule dans le centre de Vannes, le long du port, le long du Golfe. Parfois, sur du bitume, parfois en mode chemin / GR34.

Gêne au genou droit pendant 4 ou 5 kilomètres malgré ma genouillère, mais je m’y attendais puis cela se calme et je décide de changer de stratégie en continuant jusqu’à la nuit mon rythme régulier de course.

Passage au premier checkpoint à Barrac’h au 15ème km 767ème position (sur 2300 au départ). Tout va bien et je continue ma progression. Les paysages sont toujours aussi beaux et les passages en corniche très sympathiques. On n’a pas de montage, mais tout le monde ne peut pas prétendre avoir de tels singles.

Je garde ce rythme de 6′ à 6’20 au km jusqu’au 33ème sans sourciller, au moment où la nuit tombe.

La nuit me fait baisser un peu de rythme. Le genou me laisse tranquille et je continue tranquillement ma progression.

Nouveau ravitaillement au 43ème km. Je mène un groupe (de chasse) d’une douzaine de coureurs et loupe un balisage. Tout le monde me suit sans piper mot et je commence à m’inquiéter ne voyant pas le ravitaillement alors qu’il était indiqué peu de temps avant. On s’arrête, on se fait doubler et on questionne les autres coureurs… Oui, on a bien zappé le ravito ! Bref, un demi-tour et on s’offre 1km de bonus dans cette course.

Ravitaillement expédié en 4/5 minutes et c’est reparti pour une longue promenade nocturne. Petit coup au moral quand j’apprends que Rémi a abandonné au 40ème km. Il est maintenant temps de quitter le bord du Golfe en arrivant à Sarzeau pour arpenter un peu plus la route et rejoindre la côte Atlantique au 67ème km.

Je gère pourtant bien la chaleur en général sur les trails, mais là je suis en surchauffe. La température n’est pas beaucoup descendue pendant la nuit. Il a dû faire 22° au minimum la nuit mais avec l’organisme affaibli par la canicule à Rennes et les 40° des 4 jours précédents, j’étais clairement en surchauffe. Pas d’un coup, mais plutôt une surchauffe progressive avec un point de bascule. Je ralentis un peu plus, continue à m’hydrater suffisamment et prends un Doliprane 500mg pour le mal de tête.

Et voilà l’océan, ses passages sur la plage… et sa chute ! Un caillou caché dans le sable vers le 72ème km et je m’étale comme une crêpe dans le sable et quelques cailloux… sans gravité mais je peste. Depuis une dizaine de km, je commence à avoir mal à l’aine côté gauche et je pense que je lève moins les pieds. C’est un signe et je commence à sortir les bâtons par intermittence pour soulager le genou d’autant que je dois enlever ma genouillère à cause d’une brûlure par frottement à l’arrière (comme au Ventoux) et le sable n’a rien arrangé. Étrangement, le genou droit se porte plutôt bien mais le genou gauche commence à montrer des signes de faiblesse.

Le jour commence à se relever ! Passage au Crouesty festif animé par quelques jeunes en mode after puis j’arrive sans encombre au ravitaillement du 89ème km. C’est la base de vie et je fais un stop de 30′ pour me reposer un peu, mettre une genouillère Flytex à la jambe gauche mais aucune à la droite à cause de la brûlure et prendre un super petit déjeuner. Je change aussi de t-shirt, range la frontale, fais le plein du sac et repart pour 2,5k jusqu’à l’embarquement pour la traversée.

Je boucle cette première partie en 393ème position, avec 89km en 11h 26′ soit 30′ de moins que mon premier demi tour du Golfe au raid de l’Ultra Marin 2019 sur le parcours inverse globalement (puisqu’on partait du Crouesty pour rejoindre Vannes).

La deuxième partie de course

La traversée se passe très bien. Mer calme et bien mieux installé qu’en 2023, j’en profite pour prendre quelques photos de ce moment magique après une nuit blanche et me reposer encore durant les 20 minutes que dure la traversée.

Je débarque et c’est parti pour la deuxième partie de l’ultra. Je repars revigoré par ce repos et je continue à enchaîner quelques portions de 3/4 km en sortant les batons pour alléger la charge des genoux.

La portion pour rallier le ravitaillement de Crach se fait très bien à 7/8′ par km. Le jour est bien levé depuis la traversée et le soleil reste voilé ce qui permet de garder une température acceptable. Passage du 100km que j’immortalise une nouvelle fois avec une photo. Je me sens globalement bien même si le genou gauche refuse parfois d’avancer et bloque. Ça passe à la marche donc je fais des portions de 200m de course puis 200m de marche et ainsi de suite. Cela me permet de garder un rythme intéressant.

J’avais fait une sieste à Crach il y a 3 ans, mais là je ne m’attarde pas et fais un ravitaillement rapide. Les kilomètres suivants sont de plus en plus compliqués, jusqu’à Auray puis jusqu’au Bono ! Genou gauche en PLS, fatigue globale, les derniers km sont corrects à la montre (6 à 7 km/h de moyenne) mais le ressenti est très mauvais. Je suis en pleine galère.

Malédiction au Bono

Une dizaine de minutes d’arrêt au Bono, ici même où j’avais abandonné en 2023. Je ne suis plus du tout confiant pour ma fin de course. Je repars tout de même en envoyant un message aux copains tout fier de moi : « Ça y est, je suis 100 m plus loin qu’en 2023 » ! C’était une première victoire de courte durée. Les trois prochains kilomètres alors qu’on est toujours sur un parcours très facile se font à 5km/h.

Avec le recul, c’est probablement la meilleure décision de toute ma course : je m’arrête (en espérant que ce soit pour mieux repartir). Quelque part entre Le Bono et Baden, un banc face au Golfe du Morbihan, légèrement ombragé… la vue est superbe ! Je me pose et discute avec un marcheur. Je prends un Doliprane 1g pour la douleur et m’allonge sur le banc. Je m’endors instantanément en quelques secondes sans même avoir le temps de valider le minuteur de la montre (comme en 2023… décidément). Objectif sommeil : 15/20 minutes.

Je dors d’un œil avec les bruits de coureurs mais c’est hyper reposant. Je me décide à regarder ma montre au bout d’un moment et constate alors que le minuteur n’est pas en route ! Aucune idée du temps que j’ai dormi, surtout que je me sens en super forme et la douleur a disparu (ou a plutôt été masquée par le Doliprane).

Je comprends que je vais probablement terminer cette course et je repars direct en essayant d’estimer le temps de repos sans succès. Et maintenant, j’avale les kilomètres ! Alors que j’ai mis 2h pour faire les 8 derniers km (source Strava, ravito et sieste comprise), je vais réussir à enchaîner les 18 suivants à 7,5km/h de moyenne. Bref, je vole, le genou tient (en alternance course à 6’30″/km et marche à 9’/km) et le bonhomme également malgré la chaleur qui revient. Je redouble au bout de 6-7km après le banc le marcheur avec qui j’avais discuté avant de me coucher et à ce moment j’arrive à estimer que j’ai dormi environ 20′.

J’arrive au ravitaillement de Baden avec un stop de 10′ et repars avec une foulée un peu plus lourde mais toujours en alternance course/marche. La portion Baden-Arradon apporte un peu plus de technique (très légèrement) mais également marque le retour du bitume. Les 20 derniers km sont généreux en asphalte mais même si cela est moins sympa, cela permet de garder un rythme « rapide ».

Juste avant l’arrivée à Arradon, on a le droit à une petite balade les pieds dans le Golfe. Beaucoup enlèvent chaussures et chaussettes mais je choisis de les garder car il ne reste que 20km. La mer charrie beaucoup de sable et je vais finalement devoir m’arrêter peu de temps après pour enlever les dunes qui ont pris place dans mes chaussures.

Le dernier semi

Dernier ravitaillement à Arradon. Près de 20′ de pause et je repars. Il ne reste plus qu’un semi à gérer… 1h 30 facile ! Bon, avec la fatigue, on sera plus proche des 3h de randonnée. J’avance bien. Il fait toujours chaud. C’est encore une partie très roulante entre chemin large, bitume / enrobé. Je suis un peu handicapé par ma cheville gauche qui me fait mal sur le coup de pied. Je desserre au fur et à mesure des kilomètres le lacet. Le passage par la magnifique presqu’île de Conleau marque la dernière étape mentale de ma course. Direction Vannes !

Les 5 derniers km se font bien avec une vitesse croissante jusqu’à l’arrivée et un dernier km à 9km/h. Pressé d’arriver ! Grosse ambiance sur le port et toujours un slalom parmi les spectateurs, supporters ou simples promeneurs. La ligne droite est là, je tiens ma revanche. Je termine en 25h 16 à la 242ème place sur 2300 partants. Un résultat fou sur lequel je n’aurai pas parié un kopeck !

Bref, cela aura été une grosse course, de l’incertitude la plus complète au départ, dans la douleur pour une partie du 70 au 125ème km et enfin une grosse libération physique et mentale pour les 50 derniers km. Et surtout, cela donne une belle gestion de course qui se traduit par un gain de places continu à chaque checkpoint pour un temps et un classement qui me satisfont pleinement.

Maintenant, place à la récupération et même au repos. Je n’ai plus 20 ans (même si je suis bien sportif aujourd’hui) et les genoux ont besoin d’un peu de temps et la cheville gauche de dégonfler un peu (étrange comme réaction car si je n’ai pas souvenir qu’elle ait tourné). Et aucune nouvelle course prévue pour l’instant. Seule certitude : pas de marathon en 2026, c’est ma seule résolution de l’année !

Trois ans après avoir quitté sur ce parcours au Bono, je suis venu terminer ce que j’avais commencé. Cette fois, je ne repars pas seulement avec une médaille. Je repars surtout avec une revanche. Et finalement, c’est peut-être la plus belle des récompenses.